CHAPITRE CINQ

Premières paroles
Retours amers

***

 

Arrivé à un rond-point, Zarathoustra s’amusa du concept : on pouvait suivre trois voies différentes, ce qui le marqua profondément. Le chameau, le lion et l’enfant, étaient toujours là quelque part en lui, et en chacun des hommes.
Ne pouvant choisir, il préféra une petite ruelle le conduisant aux abords d’une fontaine près d’une place publique. Zarathoustra, affable qu’il était, de voir enfin des hommes ! s’avança près de la fontaine et s’y rinça les yeux pour mieux observer le spectacle humain. Pris d’une fougue soudaine, il sauta les pieds dans l’eau et voulu se dégourdir les poumons de franches paroles bien dressées.
« En vérité, de mon sommeil ne sont nées que des contradictions, et c’est à vous que je loue la vertu de surmonter tout ce que je n’ai pu achever ! Car un jour Zarathoustra ne sera plus des vôtres et l’Escargot se fera écraser celui d’après. Soyez artistes, méfiez-vous des murmures de rhétoriciens et fuyez les apôtres de la décad… »

Interrompu par une jeune fille qui s’arrêtai, débonnaire :
« – Mais que fout ce fou tout nu sur une place publique ? »
La foule rejoignit l’importuniste et scruta de leurs globes oculaires la silhouette amère du Zarathoustra qui semblait rompu, de l’oubli qu’il commit.
« – Exhibitionniste, et nos enfants alors ! » s’écriait la foule.
Dans le reflet de l’eau, il se vit à nouveau. Ce fut les joues rouges et la tête baissée, bientôt quelques foulées avant le sprint loin des hommes. Ce ne fut pas le bon moment de s’exprimer, Zarathoustra pourtant sait placer son mot, mais il avait si peur des voyeurs…
« Pssst. Zoroastre, viens donc ! fit doucement un sans-abris dans son carton, souriant.
Que disais-tu donc ? J’ai écouté ton discours avorté, et donc…
– Pardon, pourquoi cette obsession à l’emploi du donc ? »
Nerveux, le clochard grommelait.
« – Et donc… je me demandais, qu’est-ce qui t’amène vers ces contrées obscures ?
Zoroastre, l’on te reconnait aisément.
Cette fois, il étira son visage et fit dérouler une flopée de dents terrassées par l’alcool et la vie, et sourit avec un air d’enfant. Zarathoustra regardait son visage frappé par l’existence et vit ce visage juvénile l’attendrir.
« – Tu es si jeune ! Combien d’années ici-bas ?
– On se donne l’âge qu’on veut… j’en ai autant qu’il y a d’étoiles dans le Ciel tiens !
– Je suis un bouffon.
– Et donc… tu parlais nu devant une foule affamée de basses paroles. »
Zarathoustra, confus comme à l’accoutumé, grelottait alors que le vent se levait.
« – Prends donc. »
Le vieux aigri adepte de la rue et de la lutte lui offrit une cape et des bottes.
Zarathoustra était ravi, en repensant au terme que l’Escargot lui avait asséné :
« L’Idiot. »
Avec une veste et des bottes, il en avait bien l’air !

 

 

CHAPITRE SIX

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