CHAPITRE DIX

Comment Zarathoustra vola du feu
Ce qui advint du Prophète

***

 

Au seuil de la porte, on entendait des ronflements. Zarathoustra bondit à l’intérieur d’une sorte de cellule où l’on distinguait mal le sol ou les murs, car il y avait des livres à en déborder — jusque dans les escaliers !
En bondissant, il retomba pieds joints dans un pot de peinture et fit catapulter toute une série de couleurs sur le mur adjacent. Un arc-en-ciel était apparu.

Un large sourire tombant à terre se déroula de la bouche de Zarathoustra, dindonnant de sa farce en se retournant vers le papy. « Hé le vieux ! conte-moi tes histoires, au pas ! » Celui-ci ronflait plus fort encore qu’à l’accoutumé et de petites bulles de bave éclataient sur sa moustache.
L’Enfant s’approcha en petites foulées et lui glissa à l’oreille :
« La mort n’est rien, d’ailleurs que serait-elle sinon un songe impassible ? »
« Dieu de la mort ! », en tombant de son lit.
Zarathoustra plongea en dessous pour se cacher ; accompagné d’une myriade de livres aux couvertures absurdes et rougeâtres « De l’inconvéniiiii… j’ai du mal à lire, l’inscription est arrachée » il voyageait au fil des couvertures, sous le lit.

Le Vétéran de la vie s’écarquillait les os et remercia le plafond de ne pas s’être effondré.
« Zarathoustra, sors de ce parquet ! »
En roulant sur lui-même, le voilà au pied du vieux singe.
« Vous comptiez vraiment partir pour des éternités sans m’avoir renseigné de vos vérités ! » Il prit sa pipe, s’assit dangereusement sur une chaise à trois pieds et fit signe à l’âne borné de s’asseoir sur le lit.

« Voici. Nous sommes en l’an 2049.
– Mais encore !… tapotant du talon sur une feuille rebelle à ses pieds. »
Bredouillant quelques mots… le vieillard somnolait, mélancolique.
« Rassskk…ko, avec grande peine.
– Qui est ce Rasko ?
– Comme toi, en moins bête.
– Qu’est-il advenu, est-il un dieu ? »
Refusant de répondre, Le Prophète prit la main de Zarathoustra et pointa du doigt une rangée de livres tout au fond de la pièce. L’âme herculéenne !… il bondit à l’autre bout de la salle de toute sa vigueur revigorée. Le vieux jalousa.

En scrutant toutes les étagères ; il recueillit ce qui ressemblait à des poèmes, ouvrit le cercueil de ces mensonges ratés, et vit des pages arrachées.
« Qu’est-il arrivé à ce recueil ! horrifié, mais rassuré de ces disparitions philosophiquement fortuites.
– Je l’ai mangé.
– Quoi ! ô Saint tu es, merci de débarrasser ce monde des vils affabulations !
– Non, cela n’a r…r-rien à v-voir », en crachant une boulette de papier au visage de Zarathoustra. « Non, en vérité j’ingère et je digère tous les auteurs qui sont disposés sur ces meubles antiques. Voilà déjà plus d’un siècle que je mange tous ces fruits du démon !
– Quel Sage tu es ! mais les as-tu… surmontés ?
– Non. Mais j’ai enseigné, autant que mon corps et mon âme s’en accordait ! » phtisique, faiblement.

« Saint Sage, dis-moi tes secrets ! »
Zarathoustra revint aux pieds du Prophète et s’enroula autour de ses pieds comme un chat l’hiver. Tout sourire, le philosophe s’apprêtait à révéler ses racines — avant que l’heure ne vienne lui faire sonner la cloche une dernière fois.

 

 

 

CHAPITRE ONZE

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