CHAPITRE DOUZE

L’histoire de Rasko

***

Le Prophète grimaça à la vue du goguenard qui larmoyait comme un garçon emplit de sentiment pur. « Ne t’en fais pas ! tes paroles ont été essaimées partout où les oreilles pouvaient t’accueillir… et d’ailleurs, ton écrivain prophétisait l’Entente de sa parole à plusieurs siècles après sa mort ! Un posthume à n’en pas douter ; tout comme tu m’as l’air d’en être un ; car ta vie n’a jamais été remplie de grand…
– De grandeurs ? j’y aspirais ! comme toujours je m’efforçais de cultiver ma volonté jusqu’à la racine, pour voir fleurir un monde dans lequel je pouvais épanouir mon art ! Mais non, il fallait que les hommes soient… le plongeant dans une lourde mélancolie passagère.

« Voici l’histoire de Rasko. De manière totalement classique je vais te le conter à la manière d’une auto-fiction, car sa vie n’est autre que cela. »

L’Idiot se déhanchait de livre en livre sur l’étagère en s’attardant sur quelques aphorismes nietzschéens, histoire de se nourrir un peu du miel de son esprit.

« Il est né dans une lointaine contrée, d’un pays qui n’existe plus. Son nom Rasko est tiré d’un roman que ses parents prenaient en passion. Il n’a pas de prénom, mais énormément de surnoms ! on pouvait l’appeler Le Lion comme Jésus… enfin, sur ce dernier point c’est plutôt moi. Alors que toi, tu m’as plus l’air d’un Idiot !
– Tout à fait. »
Le visage du jeune héros en devenir se tordait en un rictus clair et distinct.

« Il n’a pas connu ses parents. »

Le Ciel de Zarathoustra s’assombrit, comme d’un funeste savoir qui allait le percuter.

« Rasko était atteint d’une maladie, pire que toutes les autres… ses parents n’ont pas supporté les cris de l’enfant et les migraines atroces auxquelles il était soumis, par conséquent, ils l’abandonnèrent à l’aube de sa première année. »

Zarathoustra ne comprenait pas, ne sachant comment réagir à telle tragédie.

« Rasko était atteint d’une maladie, pire que toutes les autres ! il entendait les cris, ceux des autres ! sans relâche, dés sa naissance, dés le premier son de vie !… Si tu savais quand je l’ai recueilli, il tremblotait comme un sage face à la vérité. Il ne savait guère où s’alcooliser et je lui ai servit un verre. J’étais sans-abri à cette époque, lui aussi. […] »

Le Prophète soutenait que Rasko était un loup, mais un lion et une carpe à la fois ; pendant plus d’une heure la discussion continuait et Zarathoustra prenait du plaisir à rencontrer cette personne, dont il ne savait rien sinon de grands mots.

« En 2039, une guerre éclata. Rasko ne s’était pas engagé et avait construit en sous-terrain des réseaux d’information et de liberté poétique. Il écrivait à des centaines de personnes avec qui il entretenait une correspondance assidue et instantanée.
– Qu’écrivait-il ? j’aimerais savoir si sa plume est audible ! » acculé par tant d’envie.

Le singe sage fouilla dans un tiroir et se mit à lire, avec très peu d’emphase et d’énergie :

« Elle et il »

Nul besoin de scander mes vers ô êtres vils,
prenez du plaisir, une aspiration et des ailes ;
munissez-vous de l’essentielle.

Une goutte glisse sur son nez, une merveille,
en un mot elle se nomme : « Idylle ! » ;
un recueil ne suffit pas mais nul besoin de scander mes vers…

C’est là l’oeuvre d’un virage, et je suis un virage !
un vertige sur des vestiges amers,
l’ombre d’un nouveau mirage.

Classique, comme rimes !
la prose a toujours été ma reine, sur sa voix,
elle m’emmène ;
La Lune miaule, ça la ferait rire,
de lire mes beuveries, mes oeufs en cristeaux
de son reflet… Préparez-vous,
à la déferlante ; à envahir un pays !
une nouvelle terre, un îlot de paradis.
Véridique, comme mon amour,
pour la reine de mes jours enfermée dans sa tour,
« on respire mieux à ses côtés,
on est resensualisé, plein de nouvelles contrées » ;
« Idylle la naufragée ! » s’est abattue sur mon terreau,
pour y faire naître de profondes eaux…

Retour à la source originelle,
voici la muse est née : Idylle.

— Elehil

 

 

CHAPITRE TREIZE

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