CHAPITRE HUIT

L’Aube d’une longue nuit

***

 

 

En déambulant dans les rues de cette ville symptomatique, Zarathoustra se fit happer par la toxicité des machines rouillées sous une pluie acide. Les cheveux nacrés du jeune déambulateur scintillaient sur ce soleil couchant.
« La Lune… On dit même que les dieux en sont amoureux ! » s’exclama-t-il comme pour réveiller quelques entités endormies.
Arrivant devant un pont, Zarathoustra eût l’idée de dynamiter la structure, mais s’il savait que les caméras étaient dissimulées — microscopiques, dans l’air… qu’elles rentraient dans le gosier des ruminants constamment, se dissolvant dans le sang et alimentant les cœurs de passions naïves et fragiles.
Des consommateurs bien éduquées, au sein des doctrines plurielles et dont le mot d’ordre est : « Tout se vaut. »
Chacun disposait d’une maison, d’une piscine, d’un chien et d’une femme. Les enfants grandissaient loin des familles, les précepteurs n’existaient plus, ni les professeurs.
Ils allaient à l’usine et déroulaient sur les tapis pendant que la poésie sauvage partait par rangée alignée en prison. « Les prisons poétiques », qu’on les nomme. Où la peine capitale était une feuille mais pas de crayon. Zarathoustra est bien connu là-bas…
Traversant le pont, il se remémora quelques passages de son ancienne vie, de son précédente incarnation, de son dernier sommeil et de l’éveil à venir. « Voici que le pont s’achève et illumine le devenir… ! Quoi ? le surhumain fut une hérésie ? Voici l’homme fier ! Voici l’homme marche la tête haute — à cheval sur l’horizon ! Une transition se fait sentir ; les philosophes n’ont plus d’essence, ils sont en batterie faible. « Philosophie, es-tu morte ? Elle me répond comme le Ciel jamais ne répond » dit-il comme d’un murmure inaudible, nostalgique de sa jeunesse interrogatrice, en levant le regard aux étoiles.
Voici que l’éveil des consciences miroite dans l’espérance du regard des humains aveuglés par la matière synthétique ; gavés ! — mais maintenus à l’état pré-explosif, comme des oies, à la télévision et aux écrans de rue, dans les métros ou sur les portes.
Les télévisions marchaient continuellement, alimentées par l’activité humaine. La nuit tout s’éteignait. Les couvre-feux et l’armée assuraient la sécurité non loin des sans-abris mielleux en quête de jouissances éphémères.
On sentait la douleur, les blessures et les vices couler sur les yeux de Zarathoustra, qui clignait des yeux, reniflant quelques fois, à dérober l’aura de cette ville fantomatique où s’est perdue toute âme.

 

 

CHAPITRE NEUF

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