CHAPITRE NEUF

Rencontre du troisième âge

***

 

 

La Lune désormais régnait sur le ciel et sur la terre, déployant sa clarté de ses ailes argentées. Zarathoustra avait de la tendresse pour cette dame. Il disait souvent que le soleil est le père, la lune mère et la Terre leur fille. Ce qui l’entraînait souvent vers des théories absurdes sur les origines de notre monde et de la manière dont il est venu au monde. Sa thèse manquait de preuves et ne reposait que sur des associations logiques de phénomènes répétitifs globaux. En gros l’univers était né comme un enfant vient au monde, par accouchement de deux sources compatibles.
Cela donnait, un jour que Zarathoustra discutaillait avec un disciple :
« Vois-tu, c’est le temps et l’espace, épris d’amour, qui s’unirent pour fonder notre monde en trois dimensions, sinon le monde serait une bande-dessinée… Oui ! trois dimensions pour permettre la liberté ! Voici la croyance que je porte au cœur, ce monde fut baptisé : — Liberté ! mais je me disperse… »
Le disciple hoche du menton.
« Donc… ne naît-il pas en ce monde toutes choses de la même manière ? à commencer par les premières molécules qui, s’accouplant, donnèrent ensuite vie aux minéraux, puis […] jusqu’à nous ! », mais pour la plupart des oreilles ce ne sont que délires et fantasmes.
Tout n’est pas si simple et l’Aventurier en était conscient, mais il lui plaisait d’imaginer des architectures différentes de son monde pour mieux le comprendre.
Arrivant devant une échoppe, il vit un vieil homme par la fenêtre, lavant des verres propres.
Intrigué par son dos voûté, Zarathoustra s’avança et eut envie de débouler comme dans un western, mais il préféra une entrée philosophique :
« Bonsoir l’Ancien, drôle d’échoppe ! on y lit toutes sortes d’inscriptions étranges aux murs, comme de vives sentences !… où suis-je donc ?
– Au Prophète, je suis le barman éponyme. Voulez-vous un verre ?
– Non merci, juste de l’eau. »
Le Prophète fronça les sourcils comme pour mieux voir le drôle de personnage qui comptait boire de l’eau sans verre. Il eut un rictus très court, dissimulé derrière sa moustache, mais dévoilé par ses rides oculaires… Zarathoustra le repéra.
« Qu’est-ce qui vous amuse, ô futur tas de poussières !
– Vous me rappelez un drôle de prophète que j’ai connu lors de mes années d’études… J’aimerais mieux encore l’oublier, ou mieux, lui en mettre une !
– N’en dites pas plus, trêves de prophèteries !
Il lui servit un verre d’eau et fit signe qu’il lui fallait se coucher.
– Suivez-moi dès que vous aurez terminé de décrasser votre gorge. »
« Qui pouvait bien être ce centenaire au rire facile ? », du bout des lèvres.
Il montait les marches escarpées avec grande peine, à l’allure d’un enfant qui ne sait pas encore marcher. Il réapprenait à s’équilibrer chaque instant et s’approchait de la fin car on sentait la nostalgie du début.
Le voici qui disparaît dans les angles tortueux des escaliers.
Le jeune dandy s’amusa une nouvelle fois des inscriptions sur les murs, on y lisait :
« Tu vas chez la femme, n’oublie pas le fouet ! » ce qui le plongea dans une angoisse froide, sa mémoire étant quelque peu défaillante et fuyarde… sur une autre, on décryptait : « La vérité est dure mais simple à comprendre », et tant d’autres bizarreries. Il rit, posa son verre et s’approcha des escaliers méandreux. Il avait hâte de rejoindre le vieillard, de peur qu’il ne s’éteigne trop vite, emportant avec lui tous ses secrets…

 

 

CHAPITRE DIX

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