CHAPITRE ONZE

L’histoire du Prophète

***

« Permets-moi de te faire une dissertation, mon très cher. »

Zarathoustra, emplit de joie, s’empala sur le lit dans de doux oreillers. « Il doit bien rêver celui-là ! qu’il se prépare à son dernier rêve… ! » pensa-t-il avec non loin, une once de mélancolie.

Le vieillard largua un énorme crachat noirâtre par-delà une fenêtre et s’accouda à son rebord avant d’asséner : « Voilà ! introduction : je vais te parler d’un ami. Un véritable, pas de ceux qu’on revoit une fois par mois. Non, celui que l’on voit tous les soirs prêt à en découdre à n’importe quel moment ! non pas un diurne, un hibou… il se nomme Rasko.

« – Est-ce un héros ? pressé de connaître la réponse.
– Oui, un peu comme toi ! dans tes aventures passées… enfin sauf que tes paroles tombaient à l’eau, comme des petites pierres lancées de travers !
– Vous me connaissez ? j’en suis inquiet, que savez-vous donc sur ma personne ?
– Là, derrière toi. Une étagère étincelante. »

Zarathoustra sauta du lit comme d’un réveil puissant et marcha avec soin entre la cinquantaine de livres qui le séparait du meuble.

« Vieil homme ! je lis quelque chose par-ici… Niet… ? avec difficulté, l’inscription étant effacée par l’eau. Une goutte tomba sur le crâne de Zarathoustra et le réveilla d’autant plus fort ! « Ça rafraîchit l’esprit ! » Le sage ricanait, à la fenêtre.
– Oui oui, Nietzsche. Ne le connais-tu pas ? désormais il riait sans se cacher, manquant de tomber du premier étage.
– Absolument pas ! est-ce un voyageur itinérant ? un ensommeillé ? un rêveur qui n’assume pas son romantisme ? Quoi ! on lit derrière cet ouvrage qu’il possède un « Grand style » ! mais de quoi parle-t-il dans ce récit que je tiens là, dans mes mains ?
– Rien d’intéressant ! sérieux, grave, un poil irrité par toutes ces questions.
– Je remarque que les pages ne sont pas arrachées ! vous les gardez précieusement mais pourquoi ? réponds !
– C’est à Rasko, il l’a déposé une fois sur le comptoir. Le soir d’après un groupe de cinq phisolophes le lisaient à voix hautes, en le jouant d’une manière théâtrale ; surtout la scène où il parle aux hommes, la première fois !
– Je m’enquis de la lire ! »

Sur ces mots, le grand-père de l’humanité se munit d’un couteau et le pointa en direction du pauvre Zarathoustra qui tremblait déjà.

« Lâche ce livre ! il est précieux ! »

Zarathoustra lui lança dessus, en visant la fenêtre. Le livre se propulsa des mains sauvages du lion métamorphosé, et se planta dans le couteau de l’Ancien.

« Ainsi parlait Zarathoustra », voici le titre !

« QUOI ! redis-le !
– Tu m’as très bien entendu, ce sont tes aventures. Là ! toutes écrites par la main de ce phisolophe qu’est Nietzsche ! un grand homme, assurément ! car partout il te suivait, t’ouvrait une voie et en refermait d’autres ; il était ton ombre, Zarathoustra ! »

Le voilà ému, dégoulinant de pleurs.

 

 

CHAPITRE DOUZE

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