CHAPITRE CINQ

     Rasko fuyait déjà à travers les faubourgs, en direction du Prophète. Il jeta sa lame sous une plaque d’égout et reprit une marche ballante, comme si de rien n’était. Seulement quelque chose le titillait, cet instant de silence.

« Mais oui ! Qui était-ce ? Y avait-il trop de pensées excessives en moi lors de l’Entente ? Pourquoi n’a-t-elle pas fonctionné… » Il regarda derrière lui et vit la jeune femme s’enfuir toute tremblotante. « Personne sur son chemin, elle rentrera sauve chez elle. »

Voyant les regards des hommes lui dire à l’aide, Rasko portait le poids des pleurs.

Plus il montait et apprenait de la vie et plus son mal grandissait. Absorbant la douleur des autres la sienne convulsait comme son cœur bat… à la moindre peine humaine. Malgré cette tendance à la peine des siens, Rasko croyait peu en l’Homme.

Il en savait trop désormais pour oser la philanthropie, et louait la multiplicité humaine d’avoir permis l’apparition de quelques éclats parmi l’ombre de la masse grouillante.

Arrivé devant Le Prophète celui-ci l’observait, par la baie vitrée, fumant un cigare russe.

« Qu’était-ce, Rasko ?
Rien de très glorieux, les obscurités quotidiennes. Mais cette fois, une femme m’a procuré un drôle d’effet, inconnu et absolu – lointain. Peut-être des murmures… dit-il en murmurant.
La Murmureuse ! es-tu amoureux ?

Rasko s’assombrit. L’Amour ne lui signifiait rien. Il ressentait depuis sa naissance tant de douleurs et de plaies éternelles des suites de la Guerre qu’on nomme « amour« 

Amoureux je suis de la Lune et des regards. J’ai l’âme dévoreuse.

Le Prophète se gratta la moustache un instant, se racla la gorge puis bailla, avant d’asséner :

Tu as un âme bâtisseuse ! Sois une grue pour t-tes pairs ;
Faisant granddd-d-iiiiiirrr les âââ….mes-Z-eeenrrrrr…aciiinées !
Près de toi ! aussi loin que tu le pour-ras ! en toussant fiévreusement.

Il fit des révérences et reprit sa routine, lavant des verres propres.

Ainsi tu parles, Prophète… »

Rasko finit un verre sans payer et s’en alla laver le sang sur ses mains d’enfant.

 

CHAPITRE SIX

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