CHAPITRE SIX

     Rasko sortait de l’obscurité et se noyait dans la lumière des lampadaires. Les passants chantaient, dansaient ; les enfants sur leurs épaules. Cette lumière lustrale revigorait son esprit déchaîné par l’action qu’il fut contraint de commettre ainsi que du silence audible qu’il perçut.

« L’ordre suprême des choses » pensait-il nerveusement.

Quelqu’un philosophait ; sans jamais l’avoir rencontré il le connaissait mieux que lui-même, avec sa pensée comme on connait une ville où l’on a grandi.

Les désespérances de chacun ruisselaient sur la peau de son maillage neuronal excessif et impensable. Des destinées gâchées des mortels il se souvenait à repasser la pensée de Gilgamesh à Bachelard ; qu’il avait apprise, en passant par Woodstock et le fusil de Kurt Cobain. Souvent quand quelqu’un de bon approche de la mort, Rasko apparaît afin de murmurer quelques vérités amères. Puis il s’enquit de l’enterrement pour fêter la mort et la vie sur leurs tombes. Par grâce divine ?

Rasko voyait Dieu en chacun. Seulement ils ne le voyaient pas. Cette « malédiction » et ce « Syndrome de Jésus » sont des métaphores. Le Prophète se portait très bien.

Il éveillait les hommes et les femmes alors que Rasko les amenait à sa brasserie de nuit. Proche de personne, solitaire éveillé. Rasko se souvint d’un dialogue qu’il vécu au Prophète avec un bouffon assumé :

« Sûrement que je peux développer une pensée originale et pleine de profondeurs accessibles ; des portes ouvertes mais cachées.
— Une pensée originale ? fit Rasko, intéressé.
—C ‘est-à-dire que je pense pouvoir penser et pêcher à la source d’une fulgurance, une pensée soudaine et subite ; hors des clous ! du hors-piste ! ben quoi !…
— Vas-y, en ricanant sobrement.

L’homme de sa mémoire gonfla ses poumons avant de lâcher plusieurs ogives originelles.

— Tout d’abord une graine de lyrisme.
— Oh… se caressant la barbe.
— Spontanée ! Hors des réseaux infra-conscients !
— De l’esthétique spontanée ?
— Une intuition nouvelle, esthétique et spontanée !
— Puis ? Impatient, le Rasko.
— Une couche de poésie, de mensonges à en déborder !
— La source première, Dieu en somme.
— En somme, en addition sans soustraction.
— Un édifice ouvert et bienveillant, rétorqua-t-il faiblement, migraineux.
— Un soupçon de souffrance maculée de probité, en tournant ses talons.

Sur ces mots Rasko reprit sa marche et sifflota.
Le « phisolophe » mâchait un chewing-gum et fit éclater sa bulle.

— À bientôt ! fit Rasko en souriant largement tout en baissant son chapeau.
— Une pensée à en outrer l’outrance !… »

 

CHAPITRE SEPT

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