CHAPITRE TROIS

     Fouillant dans sa poche, Rasko cherchait des bribes de tabac. Il zigzaguait sur un trottoir étroit en bousculant quelques passants. Ils étaient sombres comme la nuit et pensaient à tout un tas de choses sans intérêt. En croisant un regard, Rasko lisait, il tournait les pages lentement sans grande envie et avec dégoût.

« Bonsoir, faites attention à votre gaz, n’allumez pas la lumière. »

L’un des hommes sombres fit un pas encore plus lent et marqué, déplia sa moustache et remercia Rasko de la main ; d’un sourire sauvé et qui perdurera.

Arrivé dans une rue illuminée, le jeune dandy repéra un bistrot « Le Prophète », sur l’enseigne on pouvait lire : « Tout est vain, tout est égal, tout est révolu. » Rasko voulut débarquer comme dans un saloon, mais au Prophète l’ambiance était calme. On y parle philosophie, art et quotidien.

Rasko salua rapidement le barman, le gérant éponyme du bar. Sa femme dansait sur une barre, du pole dance, il les aimait jeunes et vierges le prophète.

« Rasko, tu sens la moule fraîche de la veille.
— Tu sens le sang nuptial de la veille, vieux rat. »

Le barman se mit à rire nerveusement, Rasko savait toujours quoi lui répondre et comment doser la tonalité de sa voix pour mettre mal à l’aise toute la cour qui siégeait là. Il lui offrit un verre sans que Rasko n’ait à payer.

C’était grâce à lui que ce bar existait. Rasko avait le cœur sensible et entreprenant, surtout pour ses amis. Il en avait plusieurs rayons, de toutes les couleurs et de toutes les subtilités possibles.

Un éventail de personnages qu’il avait rencontré ou entendu pleuré à mille lieux.

Rasko pensait souvent à toutes sortes d’hommes, femmes et enfants ; vieillards et clochards sans qu’ils ne se doutent un instant de son existence. Un voyeur de l’esprit !… malgré lui.

« Le Jésus du XXIème siècle, pourquoi viens-tu rôder par ces bois ?
— Plus rien à boire ni à fumer, je viens me réveiller. »

Il était presque minuit, Rasko avait du mal à dormir, de naissance. Les voix le tiraillaient sans cesse et bouchons de lièges ou autre appareil ne suffisaient jamais à calmer ces rythmes endiablés.

Insomniaque, il veillait toute la nuit comme un hibou. Depuis toujours, il pensait et ordonnait, sans cesse et sans dormir. Dormir, c’était une chose humaine qu’il disait, lui ne se sentait pas humain.

« Un shot de vodka s’il te plaît, ta meilleure.
— Que penses-tu de ma dernière ?
— La jeune blonde ? Une erreur parmi d’autres, elle a de l’herpès.
Le barman s’étouffa après avoir tiré sur sa pipe. Il devint rouge sous le poids du dernier terme.
— De l’herpès ? Mais moi tu sais ce que j’ai, non ?
— Évidemment. »

Le Prophète était atteint d’une autre maladie. Plus grave encore, il l’appelait le « Syndrome de Jésus », une malédiction que Rasko lui avait implanté…

Soudain, Rasko eut une Entente… c’est de cette manière qu’il nomme les voix. Le barman vit le regard de Rasko s’ensanglanter. Il tâta sa lame dans sa poche et prit la fuite en vitesse par la porte, sans même faire un bruit.

Une femme se faisait agresser. Un viol allait avoir lieu. Rasko avait les larmes qui coulaient des joues. Il courait désormais sur l’Avenue Rimbaud une lame à la main et une fontaine à son regard bienveillant.

Le patron du bar regarda Rasko s’enfuir vers un danger habituel, s’exclama-t-il :

« Les cons, ça ose tout, c’est à ça qu’on les reconnaît ! »

 

CHAPITRE QUATRE

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