CHAPITRE QUATORZE

TOXIC

***

Discourant ainsi, Zarathoustra reprit son chemin, gardant précieusement le souvenir du Prophète et de son acolyte Rasko ; qu’il considère comme son frère d’âme. « Ce vieil homme m’a rafraîchit l’esprit. Je n’en espérais pas tant en ouvrant la porte d’une échoppe délabrée ! » Car dans la toxicité de cette ville sans âme, Zarathoustra peinait à échafauder ses fantasmes philosophiques, qu’il aimait tant à partager avec les siens.
Il y avait comme une haleur désertique, une angoisse insinuée dans l’air…
Alors que l’environnement menait ses pas, et que l’inconscience de Zarathoustra revint, il tomba sur un drôle d’endroit. Une déchetterie urbaine avec tout un tas de babioles électroménagères ou restes de robots avares de résurrection.
« Un trésor ! là, devant moi ! Est-ce un mirage ? quelle chance je dois avoir ! » Le jeune héros se jeta comme dans le lit du Prophète en plein milieu d’assiettes cassées et de verreries démodées. « On s’y sent bien ! là, sous moi-même gît, en puissance, de la Vie ! Ô matière inanimée ! je viens en ami ! » Les objets scintillaient, mais peinaient à s’exprimer. Déçu, il se mit à observer ces montagnes d’épluchures de fruits radioactifs et vit un réfrigérateur. Il déboula en pente depuis la cime d’ordures et se rapprocha dangereusement du lieu de conservation des aliments. Le museau de Zarathoustra y reniflait quelque chose d’obscur…
Ouvrant la porte, un rat surgit avec une fiole à la bouche et s’enfuit entre les boîtes de conserves et des paquets de cigarettes. « Laide souris ! tu en as fait tomber une ! » Trop tard. L’idée lui vint à l’esprit de se méfier du contenant verdâtre, typique du ciel surplombant cette ère. « Peut-être que si je bois cette boisson de jade mes souvenirs reviendront au trot, sans même perdre un quart de ma cervelle ? » Au même moment, une ombre lui vola au-dessus du crâne.
« Arrête-toi, pauvre fou ! »
Zarathoustra tomba sous le poids de ce voile sombre qui désormais lui faisait face :
« – Démon ! ne me tue-pas, j’ai tant à dire encore ! » tremblant comme à son habitude.
« – Ne bois pas cette chose ! c’est du venin… mon poison ! » en pointant du doigt la fiole, faisant signe de lui remettre au plus vite. « Doucement ! ne l’agite surtout pas… ce rat, je l’ai entraîné à le transporter sans encombres, alors que toi ! tu m’as l’air d’un irresponsable ! »
Zarathoustra jonglait avec cette arme d’assassin d’un air absurde, mais sur le dernier terme de l’étranger, il bondit tout en faisant se renverser sur son doigt une goutte de la substance chimique. « Moi ! irresppp… » murmura-t-il en s’assoupissant doucement, comme une plume tombée de mille étages.
L’inconnu rit.
L’ Irresponsable rêvait déjà de contrées fleuries, inconscient sur un lit en lévitation… s’enfonçant dans la pénombre.

 

CHAPITRE QUINZE

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