CHAPITRE QUINZE

Toxic et Zarathoustra
***

 

 

[Crépitement de bulles sur évaporation désarticulée de gaz multiples.]

L’air était pourtant frais. Les naseaux de Zarathoustra s’emplissaient d’une nuance claire, pleine de vivacité poétique… En écarquillant un oeil, puis l’autre, il vit l’Iconnu assit étrangement sur un pouf. Il semblait accoudé à une petite table métallique ; une faible lueur l’accompagnait et suivait chacun de ses longs ongles en mouvement, sur une feuille… « Non, un rouleau ancien ! »

« Dis étranger ! où suis-je ? Et que fais-tu ? je sens comme une aura mensongère en auréole sur ta petite tête !
– Que dis-tu ! s’embrasant. Petite tête ? sais-tu que je suis une surdouée ! et pas n’importe laquelle… je suis même recherchée pour mes capacités ! »

Zarathoustra leva une jambe puis l’autre et créa une perspective par son regard, comme s’il marchait sur le mur rouillé au-dessus de son crâne déplumé.

« Ne te lève pas encore, les effets de la toxine sont encore actifs. Tu risques de prendre plusieurs parsecs d’accélération de pesanteur en un seul instant… À te retrouver non loin du Monolithe ! juste derrière Jupiter… Si on ouvre bien l’œil. »

Il écouta ces paroles et pourtant, ne fit qu’entendre musicalement, la voix pure de jeunesse de l’Inconnu qui, se retournant alors qu’il l’observait, se remit à l’écriture d’une étrangeté sur son rouleau ancien.

« Qu’écrivez-vous ? puis-je seulement le savoir ! »

Elle se renfrogna, arracha une page du manuscrit et la désintégra d’un coup de feu.

« – Vous n’aurez jamais ce que je ponds !
– Vous pondez ? il doit exister un médecin pour…
– Idiot ! je ponds des oeufs, comme un poète accouche d’un vers. »
Zarathoustra eut un rire imperceptible et glissa sournoisement :
« Comme la fillette écrit dans son journal intime ! »

Sur ces mots elle sortit un couteau-papillon et joua avec tout en léchant du regard le peureux allongé bêtement sur un lit bancal.

« La petite fillette, elle attend de mourir pour publier sa boîte d’oeufs. »
Il acquiesca, sans rien ajouter.

La petite poète, qui n’était pas près de mourir, rougit le temps d’un moment.
« Dis… toi qui sait plus que je ne puis l’espérer aujourd’hui… »

Inquiet, il sentit que la gamine ne savait comment s’exprimer.
« As-tu déjà connu l’amour ? » lui tendit-elle.

Un tremblement sysmique et tellurique remplit Zarathoustra. Il dévoila comme une lumière nouvelle en son coeur… À tel point que l’Inconnue face à lui, ressentit comme jamais.

« L’amour ! c’est une image…
– Mais encore ! s’empressa-t-elle.
– L’amour ! c’est un mirage. »

Zarathoustra reprit ses esprits, fit descendre en tension la passion et eut une série pulsionnelle de définitions multiples de cette guerre que l’on nomme amour.

« Je peux désormais t’éplucher quelques mots… L’amour ! entends bien ! c’est vivre l’exclusivité d’un sentiment ! Envers et contre tous vous fondez un monde, loin de tout autre… Ce monde est créé d’une nécessité vitale et rebelle. Deux hors-la-loi de la réalité refusée. Oui l’amour est une fuite ! mais c’est la seule qui soit, crois-moi. J’ai aimé, autant de manières qu’il y a d’amour possible, et pourtant je ne me souviens de rien ! car c’est le sentiment d’aimer qui prime sur l’être aimé, car c’est le fait d’aimer qui prime sur l’amour ! J’ai aimé une femme, je pense, comme Abraham se dévouait à Dieu. L’amour, c’est la déification ou l’apothéose du ressenti, du frisson, car l’autre disait bien… « Ce qui est créé par l’esprit est plus fort que la matière ». Dans ce monde de l’à-côté, dans le seul qui soit absolu, c’est l’amour qui règne, soutenu par deux êtres. Devant l’éternel.
– Non. L’amour. C’est l’augmentation du taux d’ocytocine. »

Elle explosa d’un rire absurde et aïgu, puis lâcha une larme furtive…

« Quand j’entends une vérité, quand je la crois, il m’arrive de larmoyer. »

Zarathoustra ne comprit pas, ayant raté le passage de la larme filante.

 

CHAPITRE SEIZE

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