CHAPITRE SEIZE

La rescapée du « Project 100 »
***

 

« Je vais me brosser les dents ! Je reviens. Ne bouge pas. »

Une porte se ferme une autre s’ouvre.

Quelque chose se mit à ramper au premier clappement.

Dans ce laboratoire typique d’une manique, les crayons colorés étaient classés parfaitement d’une nuance à l’autre. Des objets farfelus semblaient communiquer à travers leurs ombres parfaitement jointes d’un bout à l’autre de la pièce. « Tout ce qui se trouve ici a été dûment réfléchit, un travail d’orfèvre ! » Il prit peur d’en renverser l’équilibre rien qu’en respirant non loin. « Je ne dois pas enlever une seule poussière… sinon l’harmonie est gâchée ! » Seulement, aucune particule de ce genre n’était permise dans ce lieu. Ce qu’il y avait d’étrange pourtant… c’était la présence du parasite Zarathoustra. « Pas une seule goutte dans ce verre qui me surplombe, ni aucune traces de lèvres ! » se dit-il étonné, au sol comme une larve.

À l’angle d’un meuble, il vit une poubelle fièrement dressée, dans laquelle chaque feuille abandonnée était parfaitement rangée et prête à être désintégrée par la drôle de machine à côté : un broyeur à papier… Zarathoustra frissonna. « Jamais ces mots n’iront se perdre dans le néant ! » en plongeant sa main au milieu des feuilles, les désordonnant au passage.

Toxic n’entendit rien, frottant une dent puis son envers d’une précision chronométrée tout en chantonnant quelques mélodies d’écolière buissonnière.

« Voici je t’ai pêché ! J’ai entendu ton appel ! Ce grand Léviathan, affamé il est de te voler tous tes secrets ! » Sur le reste de rouleau, une jolie écriture aux allures fantastiques dessinait ces mots :

[J’espérais son retour comme d’une guerre éternelle — L’éternel s’espère comme s’éternise l’espérance. — Notre envol, l’espoir s’en inspire et transpire — S’écoule et découle, m’ouvre au départ…]

« S’écoule l’éternité… départ envolé… » glissa-t-il avant de s’assoupir.

Au même moment, la môme revenait au laboratoire. Une alarme neuronale retentit dans sa petite tête bien rangée. Tous les instruments semblaient désormais en colère contre Zarathoustra… Des chaudrons immenses s’affolaient accompagnés d’ustensiles hurleurs résolus à égorger l’intrus. Quelques atomes se brisaient dans sa cervelle volcanique à tel point que la guerrière atteignait le seuil de mise en quarantaine.

Roupillant bruyamment, le dandy ne semblait pas concerné par la présence foudroyante de la fille de Zeus, qui se tenait face à lui.

« Si tu veux vivre encore un peu, ne froisse plus jamais aucune de ces feuilles. »

Atteinte d’une timide tristesse, elle rassembla les quelques morceaux éparpillés et les replaça dans la corbeille, tout en prenant soin de respecter son souvenir.

« Lorsque la guerre éclata en 2039, un programme secret fut développé : “Project 100”… j’en suis une rescapée. » Zarathoustra leva une oreille sans bouger l’autre.

« Y a-t-il meilleurs cobayes que des enfants pour planifier un futur à souhait ? » murmura-t-elle à l’oreille restante.

« On dit que les familles desquelles l’ablation fut orchestrée, disparaissaient elles aussi. Ce que j’oubliai de préciser c’est… qu’ils recherchaient des surdoués afin de les transformer en surhumain. La presse, tenue par ces indigents belliqueux, prônait et louait les vertus de ce programme révolutionnaire. » Désormais, il l’écoutait avec une attention maculée de peurs.

« Ce fut du dressage hippique — Nos superviseurs gavaient nos corps ;
— Par doses de métaphysiques infâmes et informes — Injectées au plus profond de nous-mêmes — Au rythme du fouet de l’indigestion ;
— Sans nulle possibilité d’échafauder une fuite.
– Ce que la métaphysique est pourtant censée produire ! » asséna-t-il, révolté.

Une petite goutte ruissela sur la joue rubescente de Toxic, épuisée d’un tel récit.

« Enfin… l’âme fut tuée. » Un vieux piano sur une note grave, sous le visage d’un Zarathoustra horrifié. « C’était l’objectif, la cible, l’entité gênante dont le gouvernement voulut se débarrasser. »

« – Je l’ai senti dés mon éveil », fit-il d’un air sombre. « L’âme de ce monde s’est perdue. Tu es la première à me renseigner des racines de ce mal. Mais pourquoi me dis-tu tout cela ?
– Tu dormais, je me dis qu’une histoire aiderait à mieux s’en aller rêver, mais je n’ai que celle-ci… » glissa-t-elle, essayant de dessiner la mélancolie sur son visage glacé à jamais d’une faciale neurasthénie.

« – Oui ! J’ai rêvé, par ta voix… de nouvelles îles ; d’un nouveau monde ; d’une âme à jamais retrouvée ! Si tu as besoin de mon art et de ma bouffonnerie de quelque manière que ce soit, je serai ton bouclier et ton épée !
– Pour ce qui est des armes, j’en fais mon affaire. Seulement, je suis une lacune à moi toute seule. J’ai dix années, pas une de plus. Mes actions ou mes paroles ne sont pas prises au sérieux… Mais, il y a un homme que je recherche et qu’on nomme « Le roi des derniers poètes », enfermé dans une prison poétique…
– Est-ce de lui dont tu parlais, sur ce fragment de poème que je lus tantôt ? »

Elle ne pu répondre, en proie à de vives espérances stagnantes sur ses lèvres.

« Bientôt j’irai dynamiter une structure stratégique. Veux-tu en être ? »

Sans même réfléchir un instant il se redressa, hocha la tête fièrement et brutalement, puis chuta au sol dans un grand fracas.


CHAPITRE DIX-SEPT

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