Appelle-moi

Même d’outre-tombe,
Comme si, aussi terne soit l’autre monde, j’attends une couleur,
Qui ravive ma cellule, me fait oublier l’ombre,
Quand je dis que mon regard a baissé d’un volume, qui le comprend ?
J’en peux plus d’être seul en moi-même, mon silence approche,
J’ai comme une envie de partir, sans avoir rien terminé,
Comme un lâche, un authentique,
Je m’effraie parfois, quand certaines pensées coulent,
Les autres vivent tranquillement, non sans quelques troubles,
Mais ils vivent, car leur quotidien débute et se finit,
Le mien n’a plus aucun sens,
Trop de liberté, mais personne avec qui la partager,
La camisole, pour enlever ma pesanteur, j’y pense,
C’est un problème métaphysique, c’est tout ce que j’ai à dire,
Quand on veut mourir, c’est cette fameuse inadéquation,
À bâtir l’avenir, à s’y voir sourire en bien des endroits,
On finit toujours par revenir à l’endroit, dans l’instant,
Je n’ai plus rien, au présent,
Même si je sais, qu’avec une telle charge existentielle,
Les autres se fascineraient pour ma trame,
Ils acclameraient mes œuvres, sans jamais l’artiste,
Pourtant c’est lui qui fait son succès, mais lui,
Il est perdu dans sa chambre,
La compagnie des autres ne suffit plus à oublier,
Qu’il a tué la Muse,
À rebours j’ai pleuré, comme toujours en retard,
Car déjà avant que cela n’arrive, je pleurais,
Je vois l’avenir, en quelque sorte, si prévisible,
Sa mort, c’est la seule vérité qui m’ait été donnée,
Moi je voulais une armée d’enfants,
Ils auraient tenu la barre du navire avec leurs petits doigts,
On aurait joué aux pirates, tous ensembles,
Comme un cliché familial, en couleurs,
Je suis latent,
Quand je vais mal, je regarde un dessin animé,
Ça me rappelle qu’avant, j’espérais rien,
J’étais bien,
Dans ma tête d’enfant.

18 réflexions sur “Appelle-moi

  1. Méthode cathartique, écriture à usage thérapeutique, action purificatrice, abréaction spontanée… C’est une vaste entreprise, que ce processus libérateur !
    L’émotion est justement posée, sans excès de sensiblerie, et la mélancolie qui s’instaure, inévitablement se fait ressentir avec clarté et intensité, sans calculs.

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      1. Ce qui est révélateur, c’est que votre ressenti en dit plus qu’un raisonnement. J’ai… laissé tomber le maquillage poétique habituel, ou les barrières de la transposition ? Mais je ne réponds pas vraiment, l’audace est grande.

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      2. Cette non-réponse explique mon premier ressenti, donc. Il y a dans l’émotion des sensations que l’esprit, même avec beaucoup d’intelligence, ne peut atteindre. Le coeur qui se laisse aller, c’est puissant.

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      3. « De tout ce qui est écrit, je n’aime que ce que l’on écrit avec son propre sang. Écris avec du sang et tu apprendras que le sang est esprit. » Ainsi parlait Zarathoustra

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      4. Avec son propre sang… Oui. Faut-il le voir comme un sacrifice? Ou une saignée ?

        Est-ce que l’acte de verser ce sang peut résulter en une écriture joyeuse, belle et légère?

        Je devrai retourner voir Nietzsche, donc. Je commence à peine mon éducation philosophique. À cause de préjugés culturels véhiculés, j’avais peur de le lire. Les gens qui le citent, souvent, n’ont rien vu de plus que des mots isolés. On me l’avait raconté comme s’il était une sorte de fou, illuminé par un feu de l’ombre. Pourtant, avec Nietzsche, je retrouve quelque chose d’ancestral. Je me sens bien, comme avec un Ancien, calme et consciente.

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      5. Ah ! tu tombes bien, j’avais exactement un propos proche du tien à l’esprit il y a quelques heures : « Comment est-ce que je ressens Nietzsche ? » Eh bien… c’est sûrement très étrange, certainement que ton groupe d’intellectuel ne m’acceptera jamais mais. Nietzsche, il est tout gentil. C’est l’âme la plus noble que j’ai eu droit de rencontrer en cette vie. Un enfant mordant atteint d’une sagesse qu’il aurait aimé pouvoir vivre à pleins poumons… J’aurais voulu rencontrer ce frère d’âme sur le tourniquet d’un parc à jeux. On se serait amusé, avec la légèreté qu’on se reconnaît l’un l’autre. Oui, Nietzsche est grec, il a la noblesse d’un ermite au regard sans trouble. Je sais ce qu’il a percé dans l’existence, je l’ai vécu. Je pourrais m’épancher des heures… mais peut-être n’est-ce pas l’endroit approprié.

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      6. Oui! Oui! J’ai eu des images très semblables en tête, la première fois que je l’ai lu, il y a plusieurs années. Quelques morceaux obligatoires, à l’école. J’ai eu peur, oui. Mais pas de ce que me disaient les autres. J’avais peur d’être entraînée par son rire. Le rire de celui qui a compris et ne veut pas oublier, mais voudrait pouvoir vivre librement après cette compréhension. C’est si difficile, la conscience. C’est pénible, l’existence même lorsque nous sommes allégés du poids des questionnements superflus.

        Et ce calme, oui, ce calme… Ça en déstabilise plusieurs. Je crois que c’est une des raisons qui ont fait de Nietzsche une figure presque divine. Les gens ont eu besoin de le classer, et c’est une tâche impossible. Les jeunes semblent aimer le rendre plus fou qu’il ne l’est. En faire une sorte de figure pré-punk. Un messie sans Dieu, un messie humain. Pour accepter cette idée de messie dans la matière, certains l’ont préféré fou. C’est plus facile. Certains se reconnaissent, d’autres lèvent le nez.

        Je suis intriguée par cette phrase :  »Je sais ce qu’il a percé dans l’existence, je l’ai vécu. »

        J’ai eu cette impression, aussi, mais peut-être moins franche. Je me sens encore élève, bien que je ne sois pas en quête d’un professeur unique. Mes éveils de conscience sont plus spiritualisés. C’est maintenant seulement, depuis quelques mois, que j’arrive à réunir cette Foi (sans Dieu précis, sans anti-Dieu non plus) avec l’intelligence et l’existence animales.

        Oh, oui, l’endroit n’est peut-être pas le plus approprié. Néanmoins, je pourrais lire des lignes de genre pendant des heures.

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      7. Il a beau avoir annihilé le ressentiment, du moins repoussé à milles lieux, que cette âpreté d’esprit persistera malgré lui. On a bien des raisons de lui en vouloir, comme on en veut à celui qui nous démasque ou nous embarrasse. « Tiens, ce que je tenais pour acquis, ce qui coagulait en moi depuis si longtemps… d’un revers de la main, ce lutin l’a renversé ! Nietzsche, je te hais. » Il s’est fait d’immortels ennemis par probité, et c’est en ce sens que je l’estime comme étant un frère. Jamais s’arrêter dans un raisonnement, jamais croire qu’on arrive au bout d’une idée, qu’on l’a vidé de toute sa substance, qu’on lui a ôté son essence… Nietzsche est venu régler quelques détails, mais je l’assure, dans chaque interstice je m’y trouve et retrouve, ici et là encore, d’une page à l’autre j’ai l’impression d’avoir été derrière sa main… La phrase qui vous intrigue condense bien des choses, mais j’hésite toujours à développer. Je suis bien meilleur à l’oral, surtout que j’aime à parler de ce troubadour, mais avec quel langage pourrais-je le faire ? en dépliant quelques notes de piano ? en gardant un silence inextinguible ? en l’insinuant partout où je pose un mot ? Je ne sais pas comment m’adresser à lui, comment l’amener aux autres. Ses contempteurs, ont-ils justement évalué son corps ? Évidemment, non : ils n’ont pas vu le danseur.

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      8. Je comprends qu’on ait des raisons de lui en vouloir… mais je ne les comprends pas en elles-mêmes. N’est-ce pas la libération qu’il nous offre? C’est vrai que, rarement, l’Homme veut être réellement libre. Il le souhaite et prie parfois en secret pour que vienne la délivrance, mais il accepte mal les révélations.

        « Il s’est fait d’immortels ennemis par probité »… wow. Par cette phrase, l’image mentale que je me fais de lui s’éclaircit. Je ne vois plus seulement ses yeux, mais aussi son front. C’est beaucoup. Bientôt, peut-être le verrai-je aussi, le danseur.

        Je comprends pour ce qui est d’être meilleur à l’oral. L’écrit a certaines limitations. La musique aussi. Quoi que des notes au piano inspirées de Nietzsche, ce doit être magnifique.

        Je me demande encore une chose. Pourquoi lui en particulier? Est-ce par choix, après en avoir rencontré plusieurs? Est-ce un coup de coeur, un coup de foudre? Est-il le seul?

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      9. Il disait un truc du genre : « qu’on les sauve de leur Sauveur ! »… Je pense qu’on s’arrête sur l’orgueil de Nietzsche à vouloir libérer les hommes : mais ça c’est la mauvaise interprétation. Nietzsche n’enseigne rien, il s’adresse aux libres penseurs,-comme il aime à le rappeler, c’est-à-dire deux trois bouffons dont ils partagent les idiosyncrasies.

        Comme Wittgenstein écrit :
        « Ce livre ne sera peut-être compris que par qui aura déjà pensé lui-même les pensées qui s’y trouvent exprimées — ou du moins des pensées semblables. Ce n’est donc point un ouvrage d’enseignement. Son but serait atteint s’il se trouvait quelqu’un qui, l’ayant lu et compris, en retirait du plaisir. »

        Sur ta dernière question, je vois Nietzsche comme un frère d’âme, j’en ai une signification claire. Et j’en ai bien d’autres : Jim Morrison par exemple, c’est presque autant marqué qu’avec Nietzsche.

        Sans vouloir trop en dire, nous partageons surtout cette maladie du corps. J’ai à composer la vie en malade, mais ce n’est pas n’importe quelle manière d’être malade. Le corps donne ensuite une philosophie… C’est le seul philosophe qui me parle véritablement. Mais j’ai rien dit encore : la radicalité, l’exigence, la légèreté, la bouffonnerie, ou les mêmes médicaments, d’une maladie vécue pareillement.

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      10. Je n’arrive pas à l’imaginer comme voulant sauver les hommes. C’est ce qui m’énerve un peu, ces fabrications que font certains bien-pensants. Ils lisent quelques lignes et s’imaginent comprendre. Pourtant, j’ai trouvé qu’avec Nietzsche, toute la pensée était si condensée qu’il était inutile de même l’analyser, la débattre, la sur-expliquer.
        On peut la discuter, oui, aller plus loin, toujours, oui, oui. Mais je trouve étrange quand les gens se mettent à débattre de l’auteur : est-il fou, est-il malade, est-il bon ou mauvais ? Est-ce si important, vraiment? J’ai toujours cette impression que par un argument, certains cherchent à décrédibiliser sa pensée, à la rendre méchante ou indifférente.

        Un frère d’âme, je vois. Je ne m’attendais pas à lire le nom de Jim Morrison ici, toutefois! C’est intéressant.

        Je crois comprendre ce que veut dire  »Le corps donne ensuite une philosophie. » Du moins, je le saisis de façon poétique, c’est-à-dire par mon coeur.

        Je ne pousserai pas mon raisonnement sur la maladie du corps ici, de peur d’être indiscrète. Merci, tout de même, d’avoir mentionné ceci. Ça m’explique bien.

        Je peux quand même dire ceci, sur moi, puisque ça n’implique pas de questionnements trop audacieux. Je comprends que l’on puisse connecter par la maladie. Je crois que c’est ce qui me fait encore peur de lui. Il a une clé que je n’ai pas. Et j’ai l’impression que d’ouvrir cette porte lui a presque été fatal. Par mes propres conditions mentales, j’ai toujours surveillé mes états. Avec Nietzsche, cette garde tombe.

        En sortant de ma première lecture intensive, j’ai vu dans mon oeil quelque chose de vivant. J’étais vivante! Je cherche souvent la vie, et bien que j’en sois pleine, j’ai cette impression fréquente de ne rien ressentir, de passer à côté du vécu.

        J’aimerais mieux comprendre ceci. Comme la fin de sa vie. J’avais été apeurée en apprenant certains de ses épisodes, que l’on a aimé classifié comme délires psychiatrisés. J’ai eu peur. Non pas de lui, mais de moi. Des doutes que ceci a éveillé en moi. Je ne saurais pas encore les mettre en mots, ces impressions sont si intimes.

        Parfois, je me regarde dans le miroir, je vois ce regard et j’espère pouvoir conserver le plus longtemps la lucidité. Mais qui sait? Personne ne sait pour moi, personne ne peut savoir si un jour j’aurai cette attaque fatale. Aurais-je le temps de comprendre, avant?

        Voilà pourquoi j’y vais lentement, avec ces lectures. Elles sont transformatrices, mais je ne sais pas quelle sera cette forme que j’aurai ensuite, ni si elle sera viable.

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      11. Je doute que l’on puisse comprendre le corp-us nietzschéen sans l’avoir vécu. Ce n’est pas un théoricien ou un faiseur de système ni un idéologue mais un marcheur qui au fil de ses expériences tisse un art de vivre. Il s’adresse à la part en nous qui veut vouloir vivre intensément, à ce qu’il y a de profondément vivant en nous : contre le penchant à vouloir fonder l’immutabilité de notre être, ou “la tranquillité“, qu’il dénonce sous le terme de “confort“ ou pire, le bonheur. Il propose de vivre près des volcans, dans le chaos du mouvement perpétuel, car s’arrêter sur une position ou sur une une idole, c’est croire en l’essence des choses, à l’absoluité, à la vérité. Pourquoi pas refuser de s’établir ? Pas de repos pour le nietzschéen. La vie est une belle tragédie qu’il serait absurde de refuser ou d’objecter. Tout comme tu dis absurde de gloser Nietzsche. Quel jugement de valeur y’a-t-il à faire sur le phénomène d’exister ? Probablement aucun, si l’on veut garder une bonne santé. On se trompe à valoriser une idée plutôt qu’une autre, à privilégier une idéologie ou une autre ; car on se ferme à toutes les formes d’existences dont l’on peut faire l’expérience afin de sentir la grandeur de la vie, son hétérogénéité, son caractère divin… Les possibilités qu’elle nous offre d’en jouir et de toujours s’étonner du mouvement, du changeant, des métamorphoses. « Faire de sa vie une oeuvre d’art », ou la « métaphysique d’artiste », voici ce qu’il enseigne, – si je peux me permettre cette contradiction (et l’on ne se contredit jamais chez Nietzsche). Mais il faut savoir périr comme il le dit si bien ! Prendre le risque de passer d’une forme à une autre sans en faire le deuil, et pouvoir se dire au moment de mourir : « J’ai été bon acteur, dans différents paysages, à toujours me nourrir de nouveaux mets », ou comme il écrivait : « Quitter la vie comme Ulysse quitta Nausicaa — en la bénissant plus qu’en l’aimant. » Pour ce qui est de sa fin, c’est marrant de voir que l’épisode du cocher et du cheval battu auquel il s’est pendu à Turin, c’est l’exacte mise en scène du cauchemar de Raskolnikov dans Crîme et châtiment…

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