CHAPITRE XVIII

Première escapade
***

 

 

Nos personnages, en route vers un pont très spécial, erraient aux abords de la station du Métro souterrain transnational, intitulée « Le Cocher éternel ».

« Ce projet est une grande fierté pour l’humanité ! » prétendent les autorités… Le sournois du coin glisse : « On projette de grandes œuvres, mais on en oublie l’entretient. »

Toxic écoutait de la musique pour enfant, sans doute pour rattraper une jeunesse aussi tendre que son âme. Elle sautilla aux côtés d’un Zarathoustra rieur, s’enfonçant tous deux dans une marée humaine désarticulée.

Sous le masque de la fillette se dessinait un grand sourire ; elle aimait être au milieu des hommes. Le prophète sentait comme une allure nouvelle, qui dansait et gravitait autour de lui. « Encor, se dit-il,  encor un peu plus de cet instant !… » Elle le prit par la main. Le lion perdit une dent, gagnant une ride.

Le district où survit Toxic est une région où l’insolvabilité des habitants générait de grands troubles aux services de l’Ordre ; dont ils se riaient à grandes bouches. Le vice y fait légion ; comme si, comme jamais, plus rien ne faisait sens — pour ces humains retranchés dans les souterrains. Tandis que les plus aptes à la soumission avaient droit à une surface factice, dont un certain confort, comme s’ils n’avaient plus rien à perdre.

« Comment une enfant de dix ans a pu survivre dans ce trou à rats ? » pensa Zarathoustra en observant quelques gredins amoncelés sur les chaussées, où substances délirantes et murmures indécents faisaient lois.

Arrivés près d’un réverbère, une ombre profonde, mystique, dissimulée derrière des lunettes réfractrices, fit signe à Toxic. Elle s’approcha, ria tout en glissant quelques mots, puis donna une étrange mixture en échange d’un sac.
« Rentrons ! » fit-elle promptement, tirant l’ignare par un geste impromptu.

Dans un parc pour enfant, — désertique, sans même plus un jeu, elle sortit le contenu du contenant, regarda Zarathoustra d’un œil hagard, puis enfila un Casque de réalité augmentée.

« Diablerie ! Qu’est-ce donc… ?
– Un casque avec lequel on voit le réel sous différentes perspectives.
– Tout ce que j’aime !
– Chasser la gazelle à travers l’iris d’une lionne, se faire projeter dans un trou noir en laissant l’imaginaire s’évader… ou même revivre les derniers instants de l’idiot de Nazareth !
– Enfile-moi ta magie sur ma tête !

Elle ricana, l’ôta de la sienne, et lui montra le sac.
– Il y en a un pour toi ! lança-t-elle, enjouée.

D’un instant à l’autre, le voyageur du futur subit un flash, dévoilant une série de montagnes enneigées. À ses pieds, des patins le chausse. L’air est frais, mais pourtant si faux et réel à la fois. Le parc était désormais une grande étendue glacée à perte de vue. Zarathoustra est en stase, pétrifié par cette technologie hors de sa portée.

– Tu es dans une simulation de patinage artistique.
– P-p… poétique ? » grelotta-t-il.

 

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